Parcours



Idwig Stephane est un comédien à facettes. Peut-être parce qu’il n’est pas seulement acteur mais aussi philosophe et marin…D’où un mélange curieux où se marient raison et passion, intuition et goût du jeu. A l’image de cet amour qu’il nourrit à égalité pour la scène et la mer.

« Quelque part c’est la même recherche du danger, les mêmes violences, les mêmes inquiétudes. Une autre façon de vivre ».

Pas de plan de carrière possible quand on vit six mois de l’année sur mer. Depuis le départ à 17 ans, contre l’avis de la famille bruxelloise qui ne veut pas d’un acteur dans ses rangs, les débuts au centre dramatique du Nord, les rôles se sont pourtant enchaînés avec une belle régularité. Le Roi Lear ou Ruy Blas à la Comédie de Caen, Dreyfus chez Rosner (après Gérard Desarthe) et puis aussi Baudelaire. Avec en même temps, ce bon sens du marin qui sent venir le grain et accoste à temps : « quand je sens qu’un rôle me dévore, j’arrête. Pas question de se laisser engloutir ».

Pas question non plus de se laisser aller à ce narcissisme de l’acteur. Même sa passion pour Kant « un personnage angoissé par ses limites » relève de cette méfiance qui est aussi défi à soi-même.(Chantal Seignoret)

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En Septembre 1983, Idwig Stéphane était terrassé par une thrombose. Depuis sa sortie de l’hôpital, avec sa moitié de cerveau intacte, il réinvente chaque matin le langage avec les bons soins d’un logopède. Pendant toute la durée de notre entretien, il s’inquiètera de la clarté de sa pensée, de la précision de ses mots. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » prétend la sagesse dominante. Idwig Stéphane expérimente chaque matin une pensée correcte et une expression ânonnante. Alors ? L’extraordinaire défi et les spectaculaires progrès d’un homme qu’on croyait perdu à son art ont deux visages : la passion et l’amour.

« Avec ma pelle et mon seau sur la plage de Knokke, je rêvais déjà d’autre chose ». La mer : il lui consacrera tous ses loisirs ; le théâtre, même si les Jésuites et sa famille bourgeoise ont tenté de le réduire à un « hobby ».

Après quelques mois à l’IAD, des comédiens français l’invitent à Paris, le laissent tomber et le jeune Idwig se retrouve pour deux ans au Centre Dramatique du Nord, alors dirigé par Reybaz. Puis il part avec son propre petit chapiteau et un grand rêve de spectacle total : « J’avais même écrit des textes d’appoint entre les numéros d’animaux et Shakespeare ». Le militantisme politique le conduit en Espagne franquiste, « comme un orphelin qui se découvre des parents un peu partout ». Et c’est le retour en Belgique et ses désillusions. Il pense à des études de philo et des sciences politiques avant d’être repris par le théâtre. (« Première »Carole Thon) .

Dans un interview au journal Le Soir, il racontait :« Mon premier grand rôle, dit-il, a été Ruy Blas, au théâtre des quatre vents à Paris.Ce qui m’a permis de travailler régulièrement par la suite, mais toujours dans des rôles romantiques, entre autres le chevalier des Grieux, à la télévision ».
De retour à Bruxelles, il interprète le premier rôle dans « Un tramway nommé Désir ».

Au tout début, Idwig Stephane a fait, avec trois amis, une tournée de six mois dans le midi de la France. « On s’appelait « Les Baladins du mime ». Dans une voiture poussive et rétive, on allait de village en village. L’après-midi, on faisait la parade et le soir, sur des tréteaux de fortune, on présentait une heure et demie de mime. On faisait de « anti-Marceau » : presque pas d’anecdote, mais du visuel, du gestuel, destiné à créer une atmosphère à partir d’un mot ou d’une phrase. Le produit de nos quêtes payait difficilement les frais d’essence mais ça marchait et notre plus grande joie était les discussions au café du coin avec les paysans qui avaient vu un tas de choses dans nos mimes que nous n’avions pas vu nous-mêmes ».

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J.F.- « Baal » a écrit suite à sa rencontre avec lui: "A Gand, la compagnie A.R.C.A. a donné quelques représentations de « BAAL » de Brecht, dans une mise en scène d’Idwig Stéphane et avec une musique originale de Clee VanHerzeele.Nous avons rencontré à cette occasion Idwig Stéphane qui joua notamment dans « Pallieter » et « De Loteling » (au cinéma) ainsi que dans « Mistero Buffo » (au théâtre). Idwig Stéphane partage son temps depuis le début de l’année entre la Belgique et Paris où il est chargé de cours au conservatoire.

- Quel cours donnez-vous ?

- Un cours qui s’appelle officiellement « expression corporelle » mais que j’appelle, moi, « éducation gestuelle », car il vise à débarrasser les futurs comédiens de leurs tendances narcissiques ou exhibitionnistes.
A côté de cela, je répète avec Silvia Montfort, une pièce d’Ibsen « Nous nous réveillerons d’entre les morts ». C’est dire que pour « Baal » j’ai été obligé de faire une constante navette entre Gand et Paris.

- Vous semblez satisfait.

- Qui est jamais tout à fait satisfait ? Mais j’espère qu’on verra dans ce spectacle la preuve qu’il est possible de faire du bon théâtre sans beaucoup de moyens. Il faut de l’argent, bien sûr, mais la réussite d’un spectacle est avant tout liée à l’état d’âme d’une compagnie. J’ai été très exigeant car j’attends des comédiens qu’ils possèdent une maîtrise « technique » parfaite, basée sur la conscience de leur corps et la disponibilité de leur esprit. Cela est plus important que ce qu’on appelle en général « le talent » ou que le bla-bla théorique où l’on rebâtit à perte de vues le théâtre et le monde. La base du théâtre dramatique c’est le comédien« scientifique ». Les acteurs gantois m’ont suivi dans cette optique, ce qui m’a rendu très heureux.

Derrière cette façade sombre et posée, on découvre avec plaisir un être tendre et drôle qui ne se prend jamais au sérieux. Est-ce un fruit du hasard ? Car il déteste le carcan du dogmatisme qui emprisonne l'être. La vie est trop courte, alors vivons la sans entrave et jouons consciencieusement.

Son parcours couvre tous les plateaux, ceux du théâtre jusqu'à ceux de la télévision et il appose son écriture sur de nombreux titres

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Au THEATRE, il a joué de nombreux rôles titre :

BAUDELAIRE (Pauvre B), LEAR (Le roi Lear), RUY BLAS (Ruy Blas), MAURICE (Dreyfus), PYRRHUS (Andromaque), STANLEY (Tramway nommé désir), LE DUC (Mesure pour mesure), GLADIATOR (20mi Gladiator), COSMONAUTE (Cosmonaute agricole), TRYGEE (La paix), EDOUARD II (Edouard II), SADE (Marat-Sade), LE ROI (Hamlet), SVETLOVIDOV (Le chant du cygne), NERON (Britannicus), DANDIN (G.Dandin), MINETTI (Minetti), etc…

Il a travaillé avec les METTEURS EN SCENE :

DARIO FO, J. LASSALLE, O. KREYCKA, T. HANDS, J. ROSNER, A. STEIGER, M. DUBOIS, F. HUSTER O. COSTA, A. CORSO, A. BRINE, F. DUNLOP, D. ROUSSEL, etc…

A la TELEVISION, il a joué de nombreux rôles dont L'INSPECTEUR dans "Le Mutant", LE ROI FOU dans "A la recherche de S…, WORMSER dans "Le dernier été, SAUVIAN dans "La leçon d'amour", CASENEUVE dans "Cordier", PERLOT dans "Julie Lescaut", AUTUN dans la série "Deux Flics", LE TUEUR dans "Cœur de cible", LANIER dans "La Justice", PIERRE dans "Juste une question d'amour", LE CONSUL dans "Maigret"et dernièrement STEINER dans "Nana".

Au CINEMA il a interprété, entre autres, le rôle de SERGEANT dans "Le conscrit", du PEINTRE dans "Pallieter", HUGUES dans "Bruges la morte", RAOUL dans "Meurtre à domicile", Eugène BORREMANS dans "Daens", le prince de CONTI dans "Le roi danse", etc…

Au cinéma et à la télévision, il a tourné avec les REALISATEURS:

E. MOLINARO, J-M RIBES, C. GORETTA, A. TASMA, D. GRANIER-DEFERRE, C. FAURE, L. GROSPIERRE, G. CORBIAU, L. HEYNEMANN, L. DEBRAUWER, A-M ETIENNE, M. LOBET, A. ISSERMANN, R. VERHAVERT, S. CONINX, Y. LE MOINE, C. BERRI, etc…

Pour la MISE EN SCENE il a réalisé une trentaine de mimodrames et quelques pièces de théâtre comme MAGIE ROUGE, BAAL, CHTONIEN, COMPTINE et dernièrement DES EQUILIBRES et SALE TYPE.

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Il appose son ECRITURE dans :

  • Des deux côtés de la mer les larmes sont toujours aussi salées (scénario)

  • La petite boîte (bande dessinée)

  • Chtonien

  • La Loba (scénario)

  • Katalogue (Le valet de Sade)

  • Mon Kant (Dialogue)

  • Euroland

  • Ainsi parlaient deux crabes

  • La Paramita

  • Les limbes du Soleil

  • Barbe