Extrait : La Guerre de Troie n'aura pas lieu

Auteur: Jean Giraudoux   Mise en scène: Francis Huster

Propos recueillis par Jacques QUERALT - Midi Libre :
Excellent « Demokos », le poète-sénateur de « La guerre de Troie n’aura pas lieu », Idwig Stéphane n’aime pas les interviews et préfère parler philosophie et surtout de sa grande passion : la mer. Rencontre « tanguante » avec un enfant du Nord qui n’a rien à cirer de sa carrière mais qui a joué tous les rôles titres du répertoire.

Midi Libre : Seulement quelques instants pour un intervieuw
I.S. : Je trouve les interviews un peu nuls.
M.L. : De quoi parler alors ?
I.S. : De philosophie, par exemple ?
M.L. : « Demokos », le poète-sénateur excité, c’est vous ?
I.S. : Oui, je l’aime parce que ce personnage, Giraudoux ne l’aime pas, il se moquait des poètes.
Je le défends parce que je défends toujours les faibles.
M.L. : De quand date votre rencontre avec Huster ?
I.S. : Je l’ai rencontré avec « Hamlet ». Huster c’est un allumé, un allumé de génie, mais un allumé, j’aime.
M.L. : Evoquons vos principaux rôles…
I.S. : Et si nous parlions plutôt de la mer…J’ai joué tous les rôles-titres, je suis le plus jeune « Roi Lear », je suis rapide mais tout ça, voyez-vous ne vaut pas la mer. En bateau j’ai fait tout le trajet d’ « Ulysse », celui d’Homère. Quand je pars en mer, ce n’est pas pour fuir comme on le pense généralement, mais en fait, pour ne pas oublier. J’avais un bateau que j’ai dû vendre pour des raisons financières, c’est le plus dur qui pouvait m’arriver. Je n’ai aucun sens de la carrière, mon bateau, c’était tout. La mer, c’est un « battement » vis-à-vis de la pensée et vous êtes seul entre ciel et mer. Quand je reviens à terre, c’est très drôle, j’ai beaucoup de difficultés avec les comédiens, les rôles.
M.L. : En mer, barreur ou capitaine ?
I.S. : Je suis barreur car je refuse le moteur sauf pour entrer dans les ports, mais je suis aussi mécanicien, charpentier, navigateur. Magicien, quoi. J’ai déjà fait toutes les mers sauf le Pacifique. Mon plus grand voyage a duré un mois. Mais n’imaginez pas que je sois un très grand marin, j’aime la mer, c’est tout.
M.L. : Un souvenir de théâtre, tout de même ?
I.S. :Soit. A Bruxelles, je venais de jouer pendant deux ans « Pauvre B…» qui s’inspirait de « Pauvre Belgique » de Charles Baudelaire et savez-vous ce qui m’est arrivé ? J’ai senti que Baudelaire me tapait sur l’épaule…et j’ai pris peur, une vraie trouille, c’est que les cadavres des poètes et des acteurs de temps en temps se réveillent. Alors je me suis dit : « La vie avant tout, ma carrière, j’en ai rien à cirer ».

  1. Pauvre B...